Enquêtes de police sur les collégiens absentéistes
La Marseillaise, 21 février 2009
Pour les autorités, le constat est indéniable, « il y a une corrélation entre absentéisme scolaire et délinquance des mineurs ».
Le Préfet de police des Bouches-du-Rhône, en se référant à une étude qui lui a été remise en automne dernier sur les causes de l'augmentation de la délinquance des mineurs dans le département, explique que « cette délinquance est souvent le fait de réitérants, quasiment déscolarisés ».
En janvier, le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos, annonçait la création à la rentrée 2009 de 5 000 médiateurs «pour aller à la rencontre des familles dont les enfants multiplient les absences injustifiées ».
En plus de ce dispositif national (qui a été mis en place sans aucune concertation préalable), le Préfet de police des Bouches-du- Rhône a décidé de « retenir les trois établissements les plus touchés par l'absentéisme scolaire pour que la justice et la police puissent commencer à y faire un travail d'enquête nominatif».
Les collèges marseillais concernés par cette action pilote sont Jean-Moulin, Arenc-Bachas et Arthur-Rimbaud.
« On a intérêt à focaliser sur ces jeunes en déserrance que l'on retrouve parfois sur des vols commis avec violence », insiste Jean- Luc Marx. C'est donc avec l'accord du rectorat et des chefs d'établissement que des policiers pourront venir enquêter sur des élèves signalés comme régulièrement manquant. Consultation de fichiers, des feuilles de présence, interrogation du personnel enseignant et encadrant ? Les prérogatives des autorités dans le cadre de cette action restent particulièrement opaques. « Il est prématuré d'en donner tous les détails », répondent en chœur Justice, Police et Inspection académique. On n'en saura pas plus sur les suivis des jeunes ciblés par les enquêteurs sinon que, « selon les situations rencontrées, la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) ou l'aide sociale à l'enfance seront saisies », confie le Préfet de police. Certains seront réorientés vers des classes relais à l'encadrement renforcé, d'autres placés dans des filières plus professionalisantes. Les menaces de suppression des allocations familiales pourraient être un moyen de pression pour pousser à la responsabilisation des parents. Sur ces questions, les autorités restent peu prolixes.
Xavier Darcos dans son plan de lutte contre l'absentéisme scolaire a fixé un objectif aux futurs médiateurs : « Je veux que d'ici un an, nous ayons réussi à faire diminuer de 30% le nombre d'élèves absentéistes des 100 établissements où ce phénomène est le plus flagrant »
1 285 élèves longuement absents en 2008 à Marseille
L'objectif de la préfecture de police des Bouches-du-Rhône dans son action pilote marseillaise n'est pas chiffré. Il s'agit déjà d'améliorer les très mauvaises statistiques de la ville en la matière. Selon les chiffres de l'académie d'Aix-Marseille, avec 1 285 élèves (1er et 2nd degrés, collèges, lycées et lycées professionnels) qui ont manqué durant l'année scolaire 2008 de 40 à plus de 74 demi-journées de cours, la part marseillaise dans le département atteint 74,6%.
Le flou qui demeure autour des tenants et aboutissants de cette action pilote dans trois collèges marseillais nourrit les inquiétudes quant aux objectifs sous-jacents et moins avouables que l'intrusion de policiers en milieu scolaire laisse immanquablement craindre.
PHILIPPE PUJOL