MARSEILLE (AFP) - Une centaine d'élus des douze communes du Pays d'Aubagne (Bouches-du-Rhône) ont emprunté vendredi matin les autobus de la communauté d'agglomération pour aller à la rencontre des usagers, au premier jour de la gratuité des transports collectifs.
Dès 09H00 et sous une pluie battante, une quinzaine d'élus d'Aubagne avaient sorti parapluies et magnets portant le slogan de la nouvelle politique de transports: "liberté, égalité, gratuité".
Avec bonne humeur, ils ont rejoint les arrêts de bus du centre-ville afin d'aller échanger, par petit groupe de trois, avec les usagers empruntant les 15 lignes régulières, les 15 circuits scolaires ou la dizaine de transports à la demande réservables par les usagers une heure avant leur déplacement.
A bord du bus de la ligne 1, décoré de drapeaux portant le slogan de l'opération, le maire (PCF) d'Aubagne Daniel Fontaine questionne les usagers qui patientent.
"C'est bien mais j'espère que ça va durer parce qu'ils l'ont déjà fait en novembre mais ça n'a duré qu'un mois", répond Athéna Bouder, 21 ans, qui emprunte chaque jour cette ligne.
M. Fontaine lui explique qu'une expérimentation a effectivement eu lieu en novembre 2008, mais qu'"aujourd'hui c'est l'officialisation de cette gratuité".
"Ca va vraiment m'aider parce que je travaille dans la zone industrielle et je n'ai pas de moyen de locomotion", précise la jeune fille, estimant à 20 euros, ses économies mensuelles grâce à cette mesure.
"J'espère qu'ils vont étendre le dispositif au bus 13 qui relie Aix-en-Provence parce que je suis étudiante là-bas", ajoute-t-elle en précisant que l'aller-retour lui coûte 13,20 euros.
"Nous aussi, nous espérons que ça fera boule de neige", déclare, dans un sourire, le maire qui précise que le bus 13 est de la compétence du conseil général.
"Mais qui va payer la gratuité?", interroge Marguerite Mermoz, 86 ans, qui s'en félicite tout en précisant, malicieuse: "c'était déjà gratuit pour moi parce que j'ai passé l'âge de la jeunesse".
C'est grâce au passage officiel au-dessus des 100.000 habitants début 2009, (101.253 exactement), que les douze communes ont pu relever le versement transport des entreprises de plus de neuf salariés, ce qui va rapporter deux millions d'euros dès 2009, lui explique le maire.
"Au total, la gratuité coûte 700.000 euros de perte de recettes et 400.000 euros de coûts supplémentaires, soit 1,1 millions d'euros. Elle est donc largement financée", rassure-t-il.
A l'arrêt suivant, le maire et ses élus saluent les nouveaux arrivants dont Aurélie Habbouch, 18 ans, ravie d'économiser 50 euros par mois grâce à cette mesure. "Ma mère pense laisser plus souvent la voiture pour prendre le bus", ajoute-t-elle.
"N'hésitez pas à vous faire rembourser vos cartes d'abonnement, c'est possible jusqu'au 15 septembre", précise Alain Belviso (PCF), président de la communauté d'agglomération du Pays d'Aubagne et de l'Etoile.
Dans chacune des 12 communes provençales, majoritairement à gauche, des élus, une centaine au total, ont emprunté les bus pour converger vers Aubagne pour l'inauguration officielle du dispositif.
"Avec la gratuité, on espère que ça va alléger le trafic routier. Je crois que ça va inciter les gens à réfléchir à leur budget et puis c'est un appel à une démarche éco-citoyenne", a assuré Catherine Hortes-Chapuis, élue (DVG) de Roquevaire, ville de 8.300 habitants.
La décision des élus d'Aubagne rencontre un écho enthousiaste dans la ville, « chez les jeunes qui le plébiscitent », observe le maire, qui évalue les dépenses de transport urbain pour une famille avec deux enfants à 700 euros par mois. Pour Alain Sendra, commerçant et responsable de Coeur de ville d'Aubagne, « cette décision est une très bonne chose pour les usagers », espérant cependant « que cela favorise la venue en centre-ville et non le contraire pour faire ses courses ». L'objectif des élus est clairement annoncé : favoriser le transport collectif au détriment de la voiture.
Les expériences d'autres villes comme Le Mans, Clermont-Ferrand, Châteauroux, qui ont mis en avant la gratuité des transports, ont été étudiées sur place par les édiles provençaux. Ces villes connaissent une fréquentation accrue des passagers. Dans l'agglomération d'Aubagne ou le réseau bus draine 6 500 personnes par jour, l'objectif « est de doubler d'ici 2009-2010 », explique le maire. Qui va payer ? Question sensible s'il en est. Tenant compte d'une tarification déjà très modique, « une des plus faibles de France », la vente des billets ne rapportait que 693 000 euros par an. Elle sera entièrement compensée par le « versement transport » dont sont redevables les entreprises de plus de 10 salariés, lequel, au regard de la taille de l'agglomération, plus de 100 000 habitants aujourd'hui, passera de 0,6 % à 1,05 % de la masse salariale dès février 2009. Ainsi, selon Daniel Fontaine, « les moyens existent pour mettre en place sans attendre la gratuité des transports ici » et, pour le futur, « de garantir leur développement » avec l'agglomération.
Aubagne, un exemple ? Peut-être. En tout cas, le premier magistrat ne cache pas son souhait « que ce que nous faisons puisse être utile » dans le cadre de la mise en place, dans les Bouches-du-Rhône, d'un syndicat mixte des transports pour améliorer la situation dans le département. Le nombre et la diversité politique des collectivités territoriales qui s'engagent sur la gratuité des transports publics comme solution aux défis des déplacements urbains montrent, pour le moins, que la question se pose.
Max Staat
