Nouriel Roubini, « Dr Doom », (Docteur Catastrophe) qui a été le premier à prévoir la crise des subprimes dès 2005 vient de sortir un livre qui est déjà un best seller aux USA (Economie de Crise chez Jean Claude Lattès).
Dans une interview au Monde, Lundi 7 Juin, il estime que la zone euro est réellement menacée d'éclatement.
Extraits :
« Nous sommes réellement dans une zone dangereuses (...). La mise en place des plans de relance keynésiens pour que la récession ne se transforme en dépression a fait basculer l'amas de dettes privées vers le secteur public. Le problème principal de l'Union, c'est que certains pays ont perdu en compétitivité.
L'un des moyens pour la restaurer consiste à renoncer à l'euro et à revenir aux anciennes monnaies draches, peseta ou escudo (...).
Les crises ne sont pas un « black swan » (cygne noir) c'est à dire un événement imprévisible, mais un « cygne blanc », un événement prévisible (...). La bonne nouvelle est que face à la crise mondiale, il y a une réponse politique (....) ».
L'économiste Jacques Sapir, de son côté, dans Marianne 2, critique sévèrement la politique de rigueur.
Extraits :
« Les politiques de rigueur constituent une grave erreur .
Elles vont déprimer la demande intérieure de la zone Euro et rendre ainsi encore plus difficile le retour progressif à un relatif équilibre des dépenses publiques, ce qui est pourtant le but officiellement recherché.
Tel fut d'ailleurs le résultat de politiques analogues qui furent conduites en Europe et ailleurs au début des années 1930 (...).
À l‘effet direct de ces politiques, il faudra ajouter les effets indirects.
Notons ici que, par un inquiétant acharnement dans l'erreur, le gouvernement français est en train d'aggraver cet effet psychologique par une nouvelle réforme des retraites. Cette dernière, discutable sur le fond car ne tenant aucun compte des nouvelles tendances démographiques ni de la possible évolution de l'emploi, et de plus particulièrement mal venue car elle va renforcer les inquiétudes des ménages ».
Mais la crise est aussi une crise d'identité, une crise de l'esprit européen selon écrivain Jorge Semprun, déporté à Buchenwald, ex ministre de la Culture de Felipe Gonzalès et l'une des « figures morales » européennes.
C'est ce qu'il explique dans « Philosophie magazine » du mois de Juin.
Extraits :
« L'europe a besoin d'un nouveau moteur idéologique et moral (...) La construction européenne, le projet politique le plus important depuis la seconde guerre mondiale, est en danger ..(...) Nous entrons dans la routine du cataclysme. (...) Les leaders européens ne font que projeter sur l'europe les besoins de leur propre pays. Cette logique de défense de l'identité nationale ne peut faire avancer l'europe.
L'Europe n'est pas qu'une réalité géographique, selon Husserl : c'est un esprit, fidèle à la rationalité antique et à la démocratie Le moteur idéologique et moral de l'europe a été pendant des décennies la lutte contre le passé nazi et faciste d'un coté et le totalitarisme stalinien de l'autre. Ce moteur est épuisé. Il faut en créer un autre »
Crise d'identité, crise de confiance... et crise du système financier.
Dans le Monde diplomatique du 10 Juin, l'économiste américain James K. Galbraith, proche de l'aile gauche du parti démocrate, titulaire de la chaire d'économie de l'Université d'Austin, donne quelques recettes pour dit-il « briser les marchés en Europe ». Extraits :
« L'union aurait besoin d'un régime fiscal intégré, d'une banque centrale dédiée à la prospérité et d'un secteur financier mis hors d'état de nuire (...). Il lui manque avant tout un mécanisme budgétaire automatique tourné vers le plein emploi (...). La création d'une union européenne des caisses de retraites pourrait servir à harmoniser les pensions entre les pays membres afin que les anciens travailleurs de Grèce ou du Portugal bénéficient des mêmes droits que les pays plus avancés (...). De la même manière, on peut imaginer un système qui garantisse un salaire minimum décent à tous les salariés européens. Une banque européenne d'investissement pourrait financer des universités transnationales et garantir un enseignement de qualité du nord au sud (...). Une taxe sur les plus values pourrait être instaurée sous l'égide des gouvernements nationaux, il en irait de même pour une taxe sur les transactions financières qui n'a que trop tardée... ( ...) L'alternative est simple : radicalité désastreuse de la rigueur budgétaire ou radicalité constructive du plein emploi ».
Et le politique dans tout cela ?
En Juin 2009, Marcel Gauchet proposait déjà sur son blog, une analyse lucide de la gauche européenne dans la crise.
Une analyse encore d'actualité. Extraits :
« Nous vivons le crépuscule ou l'éclipse de l'idée de révolution. Nous sommes dans le moment de clôture d'un grand cycle historique - qui se confond en gros avec le vingtième siècle - où ce dessein révolutionnaire, qui a été organisateur du champ politique sur le plan idéologique, est en repli. (....)Un pays comme la France n'a cessé de vivre dans la crise depuis les années 1970. L'effet peu perceptible est la délégitimation en profondeur des élites dont la traduction politique est essentiellement négative :
1) désaffectation à l'égard non seulement de l'engagement politique mais aussi de l'implication politique la plus élémentaire;
2) scepticisme à l'égard de l'offre politique et repli massif sur les valeurs du privé.
La crise me paraît avoir pour effet d'accentuer la crise idéologique de la gauche dans le cadre européen en tout cas....une gauche pour laquelle on vote non pas parce qu'on croit aux perspectives qu'elle trace mais parce qu'elle a une dimension symbolique de protestation.
Ceci ne fait en retour qu'accentuer la difficulté d'être de la gauche de gouvernement dont les efforts pour se rendre en quelque sorte crédible sur le plan du praticable politique achève de la disqualifier finalement au regard de son électorat naturel »
Pour le sociologue Michel Maffesoli, nous vivons le désamour du politique comme il l'explique dans une tribune du Figaro le 7 Juin (Extraits).
« Quoiqu'ils puissent en penser, le triomphe des gauches dernièrement ne signifie en rien la défaite d'une droite anéantie. Même chose , à l'inverse , lors des dernières européennes. (...) Que dire de ces ¾ de français qui ne font plus confiance aux politiques ? (...) Milieu journalistique, politique, experts... tous ces milieux bien informés mettent en place des éléments de langage purement artificiels et n'inspirant plus confiance (...).
Cette méfiance ne pourra lâcher prise que lorsqu'on aura retrouvé une parole vive, les mots en phase avec le temps (...) Mais il faut le courage de relativiser le court terme et son vacarme bruyant, ce que Paul Claudel nommait « le clapotis des causes secondes ».
La crise en quelques chiffres chocs :
-Shantayanan Devarajan, économiste à la Banque mondiale « Nous avons calculé que les effets de la crise de 2008-2009 feront mourir au cours de leur première année de vie 700.000 enfants en Afrique »
-Selon l'O.I.T, le chomage mondial s'élève à 212 millions de demandeurs d'emploi soit 6,6% de la population ce qui est un chiffre colossal.
Les initiatives nées de la crise :
Les Robins des bois de la finance proposent de récupérer sur les marchés en 500 et 1000 milliards de dollars sur les marchés financiers mondiaux pour les redistribuer en prélevant une minuscule taxe de 0,05% sur chaque opération financière transnationale.
Environ 6.000 milliards de dollars transitent chaque jour par les virtuels circuits financiers mondiaux. 0,05% chaque jour, cela fait 3 milliards par 24h.
Cette taxe sur les transactions financières sera proposée par les organisations de la société civile lors du prochain G20, à Toronto les 26 et 27 juin.
Retrouvez-les sur internet :
- Nouriel Roubini : "Nous sommes dans une zone dangereuse", Le Monde,
- James K. Galbraith, Quelle Europe pour briser les marchés ? le Monde Diplomatique,
- Jacques Sapir, 4 pistes pour sortir de la crise, Marianne2.fr,
- Marcel Gauchet, sur son blog en juin 2009,
- Les Robins des bois de la finance.