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La grève de profs, inutile rituel syndical

Nous connaissions l’autisme du gouvernement face aux mobilisations en défense de l’école publique. Devons-nous aujourd’hui constater une forme d’autisme syndical face à l’exigence de radicalité qui s’impose et que des milliers d’enseignants du primaire ont su mettre en musique pour ne pas être complices de réformes scélérates et injustes ?

Incapables d’analyser les échecs de leurs actions passées, les principaux syndicats d’enseignants du primaire restent en retard de plusieurs batailles. Or nous savons que ce pouvoir a retenu les leçons du passé. Il s’accommode désormais d’une contestation légale quand bien même elle serait massive. En réalité, il n’espère qu’une seule chose : que les syndicats continuent à «s’opposer» par les grèves à répétition et les manifestations. Car ce qu’il redoute plus que tout, c’est l’insoumission collective des personnels, seule résistance susceptible de faire échec, dans l’action quotidienne, aux réformes destructrices. Nous l’avons expérimenté. Ce qui est insupportable à notre hiérarchie, ce n’est pas tant la désobéissance clandestine, que la désobéissance ouverte, revendiquée et assumée. Elle seule, aujourd’hui, avec le soutien des parents d’élèves, constitue une force de pression qui fait bouger les lignes.

Les enseignants «désobéisseurs» du primaire ont inauguré une nouvelle forme de lutte dans l’Education nationale. La première victoire qu’ils ont obtenue, c’est de n’avoir rien cédé malgré les pressions et les sanctions, surtout financières. La seconde, c’est qu’ils continuent à enseigner sans se renier, sans appliquer les dernières réformes pédagogiques. De fait, ils les neutralisent, tout en mettant en place des alternatives au service de tous les élèves. Quelques milliers, c’est un grain de sable dans la machine à déconstruire. Plusieurs dizaines de milliers, ce serait l’échec définitif des réformes. La résistance pédagogique constitue un puissant levier, à la portée de chacun, qui ébranle sérieusement le système. Comment se peut-il que les syndicats soient incapables de le comprendre ? Comment est-il possible qu’ils n’aient pas revisité leur logiciel de lutte en regard de ce mouvement collectif commencé par l’initiative de quelques-uns ?

Les syndicats se veulent «responsables». Alors, disent-ils, encourager la désobéissance ce serait faire le jeu du «chacun fait ce qu’il veut» et de la libéralisation de l’école. En réalité, leur manque de lucidité et de courage frise l’irresponsabilité. Les attaques sans précédent contre l’école et plus largement le service public d’éducation méritent une riposte d’envergure proportionnée à ces attaques. Si l’école publique est vraiment en danger, ainsi que les syndicats l’affirment, notre devoir est d’empêcher la mise en œuvre des réformes qui déconstruisent l’école et que, malheureusement, les grèves précédentes n’ont pu enrayer.

Nous devons d’urgence repenser à nouveaux nos modes d’action pour être à la hauteur du terrible défi que nous a lancé ce gouvernement. Le ministère exige une soumission inconditionnelle des personnels pour qu’ils obéissent et appliquent sans discuter les réformes. Là est le curseur qui permet de mesurer le niveau de résistance ou de résignation de la profession. Allons-nous continuer à manifester et à faire grève contre ces réformes et une fois revenus dans nos classes, les mettre en pratique bien sagement ? Faut-il rappeler aux syndicats qu’un fonctionnaire est doué de raison et de conscience ? Lorsqu’il nous est demandé d’être complices de réformes aussi néfastes et destructrices, notre seul devoir est de refuser collectivement de s’y soumettre. Ce n’est pas seulement une question d’honneur, mais de responsabilité et d’efficacité.

L’heure n’est plus à la frilosité.

Lire la suite sur libération.fr



EN ECHO A CECI

"Nous ne pouvons rester sans rien faire!" par Stéphane Hessel

Stéphane Hessel, diplomate, est l'un des créateurs de la Déclaration universelle des droits de l'Homme. Dans un courrier adressé au forum Enfant aujourd'hui, Citoyen demain du 27 mars à Montpellier, il appelle à faire revivre les valeurs du Programme du Conseil national de la résistance.

Madame, Monsieur,

Ce samedi 27 mars, j'espère que vous serez nombreux à Montpellier, à participer au forum pour une école publique, laïque et populaire, intitulé « Enfant aujourd'hui, Citoyen demain ». C'est une initiative citoyenne, sérieuse et généreuse, qui aborde une question essentielle : comment faire d'un enfant d'aujourd'hui, un bon citoyen de demain ?

C'est là un débat bien plus important que celui, actuel, sur l'identité nationale avec lequel il est pourtant en lien. La génèse de notre école publique s'inscrit dans la dynamique humaniste des plus belles périodes de notre histoire. Et elle repose sur le socle commun de l'égalité et de la solidarité.

L'importance de ce débat tient à ce que l'éducation d'aujourd'hui conditionne la société de demain. Et d'après moi, nous avons besoin de citoyens responsables et éveillés, impliqués dans la collectivité avec conviction et honnêteté. L'urgence de ce débat tient à ce que les valeurs fondamentales d'égalité et de solidarité sont aujourd'hui bafouées, tout autant que nos libertés individuelles et collectives, à l'école
comme elles le sont dans toute la société.

Nous ne pouvons rester sans rien faire !

A une autre époque, lorsque je me suis engagé dans la Résistance, en plus de l'occupant que je voulais chasser du territoire, j'espérais aussi une société plus juste et, au travers du programme du Conseil National de la Résistance, c'est ce que nous avons voulu bâtir. Les résistances d'aujourd'hui sont d'une toute autre nature mais restent importantes, lorsqu'elles défendent l'intérêt commun. Et même si elles peuvent parfois être illégales, les résistances actuelles n'en sont pas moins légitimes, en regard de notre pacte républicain et des droits universels de l'homme. Le légal n'est pas toujours légitime et le droit ne se réduit pas à la loi !

Redonner à notre pays des perspectives au service de tous et d'abord des enfants, s'appuyer sur « des hussards » convaincus et investis dans leur mission d'éducateurs au service des valeurs de paix, redonner toute sa place à l'héritage du programme du Conseil National de la Résistance sont des nécessités dans la situation de crise que connaît notre nation.

C'est d'ailleurs en ce sens que nous avions lancé l'Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004. Et c'est dans cette même optique que j'ai personnellement accepté de parrainer l'association « Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui » et de participer au rassemblement des Glières.

Vous l'aurez compris, j'aurais souhaité être parmi vous aujourd'hui mais je puis vous assurer de tout mon soutien optimiste et vous témoigner mes encouragements enthousiastes.


Source : sauvons l'ecole.com
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