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Le doute, le risque et la science

Pas de quoi fouetter un chat, mais suffisamment que pour toute une série de groupes alters hurlent au complot, sur le thème bien connu d’une supposée manipulation scientifique. Contrairement aux médias anglo-saxons, les médias français ont choisi de donner à cette affaire l’impact qu’elle méritait, celui d’une goutte d’eau dans l’océan.

Elle pose pourtant une série de questions utiles, notamment quant à la place du doute dans la science du climat, et à la manière de communiquer celle-ci. Dans la science du climat comme dans toutes les autres, les doutes, désaccords et incertitudes tiennent une place importante. Le doute peut même être considéré comme la véritable essence de la science : sans remises en cause et questionnements, pas de progrès scientifiques.

Dans le domaine d’étude qui est le mien, celui des migrations environnementales, il m’arrive fréquemment d’être en désaccord avec des collègues sur certains points, ou par exemple de trouver que les estimations chiffrées qui sont parfois avancées quant aux futurs mouvements de réfugiés environnementaux sont farfelues et sans fondement empirique. Ce n’est un secret pour personne : les chercheurs, et même ceux qui font partie du GIEC, ne sont pas d’accord entre eux sur tout. Mais au-delà de ces désaccords, tous sont pourtant d’accord sur un point essentiel : nous avons un problème. Qu’il subsiste des doutes, des désaccords et des incertitudes quant à l’ampleur du problème ou aux solutions à y apporter est normal et sain ; par contre, il existe un consensus quasi unanime sur la réalité du problème, et c’est ce consensus qui est exprimé dans les rapports du GIEC.

Quelques scientifiques, très minoritaires, continuent néanmoins à mettre en doute ce consensus scientifique. Utilisés par des groupes de pression et des lobbies industriels, ces ‘sceptiques du climat’ ont réussi à semer le doute auprès d’une partie de la population, comme le montrent de récents sondages d’opinion aux Etats-Unis. Ces sceptiques ont bien entendu le droit de remettre en cause le consensus scientifique sur la question, et ces questionnements sont salutaires pour la science. Ce qui est problématique, en revanche, est la place qui leur est donnée dans certains médias : des études1 ont ainsi montré que les sceptiques étaient surreprésentes dans la sphère médiatique, par rapport à leur importance réelle dans le communauté scientifique. Lorsque l’on fait débattre sur un plateau de télévision, comme cela arrive parfois, un ‘sceptique du climat’ et à un membre du GIEC, c’est comme si l’on faisait débattre, lors d’un débat pré-électoral, un militant monarchiste face à un représentant de tous les partis républicains. Doutes, désaccords et incertitudes ont leur place dans la science, on aurait tort de les cacher au vu des risques potentiels, par contre, les utiliser pour justifier l’inaction et l’attente serait suicidaire.

terraeco.net

 

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