Pourtant, la gauche ferait une grave erreur en donnant ainsi le sentiment que la France ne l’intéresse pas, tout occupée qu’elle serait à défendre des valeurs universelles. Il faut donc, même si le moment est fort mal choisi, accepter ce débat ; et y expliquer très simplement comment l’identité française est définie et, peut etre surtout, ce qu’elle peut devenir.
Six éléments caractérisent l’identité d’un peuple, quel qu’il soit : un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun. Aucun de ces éléments n’est stable. Tous évoluent avec le temps. La France fut chrétienne ; elle est laïque. La France fut monarchiste ; elle est républicaine. Et aujourd’hui, toutes ces dimensions sont remises en cause par le mouvement du monde : l’effacement des frontières, en particulier en Europe, remettant en cause l’idée même d’un territoire identitaire ; le nomadisme croissant des Français comme des étrangers ; la présence croissante, sur le territoire national, d’autres langues, d’autres cultures, d’autres façons de vivre ; l’universalisation des valeurs, autour des droits de l’homme et de liberté individuelle, qui en fait disparaitre le caractère national; et, enfin, dans l’individualisme ambiant, l’incertitude quant à l’existence d’un destin commun .
De tout cela il résulte que, à terme, la seule chose qui définira durablement l’identité d’une nation, c’est sa langue, et la culture, la façon de penser le monde, qu’elle implique. La langue française conduit à penser, à écrire, à vivre, de façon claire, simple, directe, précise, logique, binaire. Elle trouve sa source dans l’harmonie des paysages et conduit à une symétrie des mots, à un équilibre des concepts, qu’on trouve déjà dans les textes des inventeurs de cette langue, de Rachi de Troyes à Blaise Pascal, de Chrétien de Troyes à Montaigne, de Marcel Proust à Léopold Senghor.
Une langue qui doit donc etre bien parlée et servir de véhicule de la pensée à tous ceux qui vivent en France ou se réclament d’elles. Une langue qui définit à elle-seule l’identité française ; à défendre, à ouvrir au monde, pour qu’elle s’en nourrisse : sait on que c’est la seule langue du monde dont le nombre de locuteurs peut tripler en 40 ans, grâce à l’évolution démographique de l’Afrique ? Et qui, s’y on n’y prend garde, peut disparaitre pendant la même période.
Une langue qui peut aussi, mieux qu’aucune autre, combattre les extrémismes, les fondamentalismes ; même quand ils s’expriment, en français, dans le meilleur style.
" La langue de chez nous"", Yves Duteil