Jean-Jacques Goldman : Je ne parle pas de politique. Je ne parle pas de choses précises. Simplement, on est à une époque où tout ce qui est rouge, enfin sur ce plan-là, mais ça ne parle pas que de ce plan-là, est très, est très discrédité maintenant. Et moi je me souviens simplement des gens qui m'ont appris ça. D'autant plus que moi, je n'ai jamais été militant, donc c'est vrai que j'étais dans une famille de militants. Et je voyais ces gens-là, pour qui cette couleur-là, et ces mots-là correspondaient à quelque chose de très altruiste, de très beau, de très pur et de très honnête. Voilà. Simplement, c'est un hommage à ces gens-là, qui ont donné leur vie, leurs énergies, pour ces idéaux. Et je trouve que c'est tellement beau et tellement plus propre que l'image qu'on en fait maintenant et des représentants qui se disent de gauche. Enfin on les connaît : les Fabius, les Tapie, les Jack Lang,... qui sont... pour moi, c'est absolument insupportable de voir ça.
Brunch, Europe 2
3 avril 1994
Thierry Coljon : Dans le clip de "Rouge", ce vieux monsieur qui feuillette avec nostalgie son album de photos de jeunesse, ça pourrait être ton père...
Jean-Jacques Goldman : Ça pourrait, oui. C'est un homme qui a toujours dit, chaque fois que je me moquais de lui ne fût-ce que quand les chars russes entraient à Prague, ce ne sont pas les idées qui sont mauvaises, ce sont les hommes. Il avait raison, les idées restent magnifiques. Pas spécialement les idées communistes mais même chrétiennes, ces idées altruistes quoi. Le fait qu'il faut bien vivre ensemble...
Le communisme a été l'horreur absolue. La sauvagerie la plus totale. Il fallait que ça meure, il n'y a aucun doute là-dessus. Mais c'est toujours comme on dit : il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Ce n'est pas parce que ces gens-là ont trahi que l'idée de faire que chacun ait ses chances, que l'éducation soit obligatoire et gratuite, soit mauvaise.
(...)
Thierry Coljon : Mais en allant chercher pour ce disque les Choeurs de l'Armée rouge, l'image officielle par excellence d'un communisme stalinien et brejnevien pur et dur, ça passe un peu pour de la provocation, non ?
Jean-Jacques Goldman : Pour moi, cet orchestre était aussi le symbole de ce qu'il y a de beau là-dedans. Quand moi j'allais voir les Choeurs de l'Armée Rouge au palais des Sports, porte de Versailles à Paris, je peux dire que les 4 000 personnes qui étaient là étaient de belles personnes. Des gens qui cotisaient, qui se battaient, qui étaient d'une honnêteté scrupuleuse, qui croyaient, qui allaient coller des affiches le soir. Toute cette population militante était admirable. En plus, les voix des Choeurs étaient magnifiques, c'était aussi un symbole de cette pureté-là. Tu as beau penser à l'Armée rouge, à l'Afghanistan, tout ce que tu veux... les voix restent très belles, les chants restent beaux. Pour moi, ça évoque plus Potemkine que les bombes tuant les enfants en Afghanistan.
Jean-Jacques Goldman : Pour moi, la phrase politique de base en ce qui me concerne c'est une phrase qu'a dit Lénine mais... il se trouve que c'est lui qui l'a dit : "La vérité est toujours révolutionnaire." Moi je pense que c'est ça. Et je pense qu'une expérience qui démarre sur le mensonge ne peut pas marcher. Donc, pour moi, c'était cuit d'avance, dès 81.
Fréquenstar
M6, 5 décembre 1993