Dans un coin de la salle d'éveil de 'la maternelle, une tente a été dépliée et les thermos de café aident à tenir le coup. Les parents racontent les coups de fil au rectorat qui se finissent dans le vide, les mails sans réponse, l'impression d'avoir un mur devant soi, comme si le handicap de leur enfant ne suffisait pas. "L'occupation de l'école est un geste à la hauteur de notre désarroi", expliquent-ils. A 10h du matin, l'inspecteur ASH (adaptation scolaire handicapés), responsable de la circonscription, s'est annoncé. Pour annoncer "des moyens bientôt à la hauteur des besoins", avec l'arrivée prochaine de trois contrats aidés, sans doute des CAE, dans le groupe scolaire. Pour les AVS, financées sur le budget de l'Education nationale, on repassera. "Quand ?", l'arrête une des mères. Hésitation. "Bon, disons au 1er décembre. Je viens juste d'avoir la nouvelle aujourd'hui, on met en place le processus de recrutement". "Mais cela fait depuis le mois de juin que vous avez reçu les notifications ! Vous appelez cela de la bonne gestion ?", s'indigne-t-on autour de la table. Il précise qu'il n'est là que depuis septembre, remercie les écoles qui ont "organisé une stratégie d'attente" et dit "regretter profondément la situation". Sabine s'emporte : "Les bons sentiments, j'en ai jusque...". A la fin de la réunion, Amandine se désole :"Vous imaginez, trois mois de perdu dans la vie d'un enfant, c'est une année scolaire de fichue. Le mien est en moyenne section de maternelle, il avait enfin droit à une AVS, et voilà..." Elle est au bord des larmes.
Stéphanie Maurice
Un manque de qualification - Parallèlement aux problèmes de moyens, les parents d'enfants handicapés doivent faire face au manque de qualification du personnel affecté. La mission d'accompagnement de ces élèves spécifiques est confié à des personnes en contrats précaires, sans statut, qui ne sont pas formés. Résultat : une auxiliaire de vie scolaire n'a le droit qu'à un contrat de travail de trois ans, renouvelable une fois. Six ans en tout. Ensuite ? Rien, pas de pérennisation de poste, pas de valorisation de l'expérience acquise. Elles peuvent toujours devenir CAE, si elles sont au chômage depuis assez longtemps, explique l'inspecteur ASH. Plus sérieusement, un amendement à la loi, datant de juillet, prévoit désormais que l'AVS en fin de contrat puisse être embauchée par des associations spécialisées dans le handicap, et continue ainsi sa mission auprès de l'enfant qu'elle aide. Les associations, d'accord sur le principe, attendent de l'Etat des garanties sur les financements et l'encadrement de ces nouveaux emplois. Les parents rencontrés regrettent "le désengagement de l'Education nationale."
Libélille