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"Veiller tard" JJ.Goldman

Anthony Martin : Autant lorsqu'on écoute "Envole-moi", on se prend ça en pleine figure, mais quand on écoute "Veiller tard", moi je la prends en plein cœur, cette chanson ! On imagine que vous l'avez écrite un soir de blues, il faisait nuit, ça c'est passé comment ?

Jean-Jacques Goldman : Oui c'est ça, il suffit d'être seul un jour et puis tout à coup de regarder par la fenêtre et de voir les autres lumières allumées... Quand on voit les grands ensembles, c'est super impressionnant. Quand il est 3-4 heures du matin, il y en a 4, et l'on se dit que les 4 qui sont là ressentent tout à fait la même chose ! Mais ce qu'il y a de particulier sur cette chanson, c'est que c'est la chanson qui a été choisie par les gens qui m'appréciaient. C'est-à-dire qu'à cette époque là, (...) il y avait déjà eu "Il suffira d'un signe", il y avait "Comme toi", il y avait "Quand la musique est bonne", il y avait "Encore un matin", enfin des trucs comme ça. Et les gens, quand ils m'écrivaient, il y avait 9 lettres sur 10 qui étaient sur "Veiller tard". C'est-à-dire que c'est une chanson qui n'est jamais sortie en 45 tours, enfin qui n'est jamais sortie en radio, et qui a tout de suite été adoptée et ressentie plus que les autres par les gens qui m'aimaient bien.

Anthony Martin : Les paroles de "Veiller tard" sont fortes, on le disait. "Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard", quelles sont ces choses au fond de vous qui vous font veiller tard encore aujourd'hui ?

Jean-Jacques Goldman : Plein de choses ! Des angoisses qu'on ne comprend pas, des espèces de coup de blues alors que la journée a été magnifique, des espèces de tristesse alors qu'on vient de gagner quelque chose... Bon, je pense que ça n'a rien d'original ! C'est juste, tout à coup, ces petites phases de gris qui font partie de notre condition, et qu'on ne peut pas expliquer sans être spécialement triste, mais il y a toujours un petit peu... Je me rappelle de ce film de Truffaut où il y a une petite fille qui pleure, et puis il lui dit : "Tu es triste ?" – "Oui". – "Mais au fond de ta tristesse il n'y a pas un tout petit peu de plaisir ?" Et elle, en larmes, elle dit "Si !" [rires] Voilà c'est ça, c'est notre nature humaine !

Quand la musique est bonne

RTL, 5 juillet 2003


PAROLES :

Les lueurs immobiles d'un jour qui s'achève
La plainte douloureuse d'un chien qui aboie
Le silence inquiétant qui précède les rêves
Quand le monde a disparu l'on est face à soi

Les frissons où l'amour et l'automne s'emmêlent
Le noir où s'engloutissent notre foi, nos lois
Cette inquiètude sourde qui coule en nos veines
Qui nous saisit même après les plus grandes joies

Ces visages oubliés qui reviennent à la charge
Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre cent fois
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

Ces paroles enfermées que l'on n'a pas pu dire
Ces regards insistants que l'on n'a pas compris
Ces appels évidents, ces lueurs tardives
Ces morsures aux regrets qui se livrent à la nuit

Ces solitudes dignes au milieu des silences
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux jouets cassés

Ces liens que l'on sécrète et qui joignent les êtres
Ces désirs évadés qui nous feront aimer
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

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